Nous voyons souvent le caricaturiste Ygreck dessiner Philippe Couillard en géant vert de l’environnement, mais au-delà des belles paroles, c’est business as usual au Parti libéral du Québec.

Ces caricatures sont sans doute attribuables au « cri du cœur » du premier ministre, maintes fois répété : « jamais le délabrement de l’île d’Anticosti ne portera ma signature ». Si le premier ministre avait été sincère, comme l’écrivait la chroniqueuse Josée Legault cet été, le seul geste conséquent possible était la résiliation du contrat. Point.

Or, le PLQ vient de dérouler le tapis rouge à l’industrie pour la fracturation hydraulique avec sa nouvelle Loi sur les hydrocarbures, adoptée avec le bâillon. Si Philippe Couillard était le moindrement vert, il aurait écouté la Fédération Québécoise des Municipalités et aurait décrété un moratoire de cinq ans. L’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) vient de confirmer les risques de la fracturation sur les sources d’eau potable, et elle est déjà interdite dans de nombreuses régions comme la France et l’Allemagne.

Seulement quatre jours après le bâillon, son gouvernement a finalement donné l’autorisation pour trois forages exploratoires par fracturation sur l’île d’Anticosti. L’été dernier, il donnait l’autorisation de prélever 30 millions de litres d’eau dans des rivières à saumon, permission qui a indigné la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA) qui demande son annulation.

Il semble que les paroles vertes du premier ministre n’étaient qu’un calcul politique. Il cherchait à diviser le Parti Québécois, à faire migrer une partie de ses électeurs vers Québec Solidaire en blamant l’ancien gouvernement Marois. Ceci en taisant le fait que les discussions avec Pétrolia avaient été entamées par le gouvernement Charest, qui est également responsable de la privatisation du sous-sol de l’île.

En réalité, les paroles vertes de Couillard n’ont pas plu à la droite, qui est une partie importante de sa base électorale. Depuis, il est revenu dans les rangs avec sa Loi sur les hydrocarbures, qui aurait pu être écrite par des lobbyistes. Également fidèle à la droite, la Coalition Avenir Québec appuie toujours le projet sur Anticosti, alors que le PQ de Jean-François Lisée est allé rejoindre QS dans son opposition.

Le Parti libéral est un parti de pouvoir, un parti clientéliste. Il se fout des gens sensibles aux enjeux environnementaux, car il sait qu’il n’a pas leurs votes.

Cela dit, le dossier est loin d’être clos, car les Innus veulent bloquer la fracturation à l’aide des tribunaux et le maire John Pineault est prêt à aller en prison. Ayant moi-même pris le temps d’analyser les coûts versus les revenus potentiels du pétrole sur Anticosti, je doute fortement que l’aventure soit un jour profitable. Ce, avant même de prendre en compte les coûts associés aux émissions de gaz à effets de serre.

Vers l'affaiblissement du BAPE


En 2017, le PLQ prépare un nouveau cadeau pour le patronat avec une autre loi qui a un nom à coucher dehors : la « Loi modifiant la Loi sur la qualité de l’environnement afin de moderniser le régime d’autorisation environnementale et modifiant d’autres dispositions législatives notamment pour réformer la gouvernance du Fonds vert ».

Il semble que le gouvernement Couillard veuille se donner la possibilité de remplacer l’analyse du BAPE par des formes réduites de consultations. À première vue, les modifications donnent au ministre la possibilité de choisir les sujets sur lesquelles la population pourra s’exprimer.

Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) a sonné l’alarme dès novembre. Il estime que, par exemple, le ministre pourrait supprimer de l’analyse du pipeline Énergie Est les GES générés par la production du pétrole des sables bitumineux. Le BAPE pourrait également se faire enlever son volet d’analyse économique, comme le demande le patronat depuis plusieurs années.

Jean Baril du CQDE y est allé d’une réplique cinglante envers le ministre David Heurtel lors d’un échange sur le projet de loi lorsque ce dernier a mentionné qu’il ne fallait pas croire que cinq ministères s’entendaient facilement entre eux sur les questions environnementales : « ils peuvent s’entendre pour ne pas avoir le BAPE dans les jambes. » Ce constat est partagé par l’ancien commissaire au développement du Québec, Harvey Mead, qui considère que « le gouvernement a tendance à vouloir restreindre le BAPE, parce qu’il n’aime pas le BAPE. »

La montagne qui accoucha d'une souris

Dans cette chronique, j’ai abordé les deux enjeux qui sont d’actualité, mais plusieurs autres dossiers méritent d’être discutés. Parmi ceux-ci: les nombreux « Flushgates », le projet portuaire industriel dans l’habitat des bélugas, l’absence de nouvelles aires protégées terrestres et marines, le manque de volonté politique pour l’électrification des transports, le contrôle des émissions de GES qui stagne dont la cible de 2030 que nous allons manquer, la mauvaise gestion du Fonds vert et du Fonds pour l’eau potable, le BAPE tronqué sur Énergie Est, le manque d’investissement en transports en commun, les placements et les subventions aux hydrocarbures, etc.

J’aurais préféré me tromper pour l’avenir du Québec, mais non, Philippe Couillard n’a rien d’un géant vert de l’environnement. Nous assistons plutôt à du mauvais théâtre où la montagne accoucha d’une souris verte.

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