Alors que la rentrée parlementaire bat son plein et que les élections approchent, Gabriel Nadeau-Dubois a pris une pause dans son emploi du temps chargé de nouveau politicien pour discuter avec l’Observateur national.

Député de Québec Solidaire à Gouin et ancien porte-parole étudiant, il continue de faire les manchettes et a récemment fait la couverture de l’Actualité au titre de « Saint Gabriel ? »

Le politicien de 27 ans qui ne laisse personne indifférent au Québec est revenu sur son parcours et ses idées lors d’une entrevue exclusive dans son bureau de Montréal avec l’Observateur national le 11 septembre dernier.

Nadeau-Dubois s’est ouvert sur ses choix politiques, sa vision de l’indépendance, la montée des groupes d’extrême droite, l’importance de lutter contre le changement climatique, les fausses nouvelles et la façon dont Québec Solidaire prévoit de gagner en crédibilité sur le plan économique.

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Le politicien québécois Gabriel Nadeau-Dubois fait la page couverture de l'édition de Septembre 2017 de magazine d'actualités l'Actualité.

Il n’y a pas de « Québécois à moitié »

Nadeau-Dubois dit que le devoir de condamner les groupes d'extrême droite s’applique à la classe politique entière du Québec. « Il doit être très, très clair que ces groupes-là n’ont pas leurs places et que leurs discours vont être sévèrement critiqués et qu’on va répondre à chaque fois que ces groupes-là prennent la parole, » dit-il.

« Nos concitoyens et nos concitoyennes de confession musulmane, ce ne sont pas des Québécois à moitié, c’est pas des “Québécois, mais...”, ce sont des Québécois et Québécoises à part entière qui forment le Québec d’aujourd’hui et de demain, » ajoute-t-il.

« On n’a pas à leur faire sentir qu’il y aurait une différence entre eux et ce qu’on appellerait vraiment les Québécois. Ce n’est pas deux choses, c’est la même chose. »

Le politicien s’est replongé pour quelques instants dans son passé activiste de porte-parole étudiant de la CLASSE. Il s’est révélé à l’aise face à son passé et son engagement dans les manifestations étudiantes de 2012.

« Je suis très conscient que je ne pourrais jamais me détacher de ça et ça ne me dérange pas. Ça fait partie de mon parcours et ça a été un moment déterminant dans ma vie, ça a été un moment déterminant pour plein de gens au Québec, ça a été un moment déterminant de l’histoire du Québec donc moi je vis très bien avec ça et j’ai pas de problème. »

Il a relaté son éveil politique et son expérience de 2012 dans son livre, « Tenir tête », publié quatre ans après les manifestations. Entre temps, il a terminé son diplôme en histoire, culture et société à l’Université du Québec à Montréal et est devenu commentateur régulier dans les médias tels que Radio-Canada. N’étant pas complètement satisfait, il explique qu’il s’est mis à repenser sa contribution à la société.

Sa tournée « Faut qu’on se parle » l’a ramené plus près de cette contribution qui « l’animait profondément » : le contact avec les Québécois sur le terrain.

Malgré plusieurs demandes pour se joindre à des partis politiques à travers les années, c’est Québec Solidaire qu’il rejoint en mars 2017.

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Gabriel-Nadeau Dubois est elu à Gouin le 29 mai 2017. Photo crédit Québec Solidaire

Un parti politique du peuple

Les mois qui suivent sont bien connus : une campagne réussie soldée d’une victoire à Gouin en mai, ancien bastion de Françoise David, et un nouveau défi en tant que co-porte-parole de Québec Solidaire au côté de la politicienne chevronnée et activiste Manon Massé.

Cinq jours après avoir annoncé sa décision de se joindre à Québec Solidaire, le parti se retrouvait avec 4 000 nouveaux membres ; une augmentation de 40 pour cent.

Alors que les élections provinciales de l’an prochain se rapprochent, le parti grimpe dans les sondages depuis les derniers mois.

En janvier 2007, neuf pour cent considéraient voter pour Québec Solidaire. Ce chiffre est passé à 15 pour cent quatre mois plus tard, en mai, selon un sondage Léger-Le Devoir. Un autre sondage pour la Montreal Gazette a révélé que Québec Solidaire avait gagné quatre points en intentions de vote entre mai et juin 2017 passant de 14 à 18 pour cent.

« Il y a une vague de fond au Québec composé de gens qui sont tannés des partis politiques traditionnels, qui sont tannés de l’éternelle alternance entre le PQ et le PLQ et qui veulent autre chose, » commente Nadeau-Dubois. « Je pense que Québec Solidaire actuellement récolte ce qu’il a semé depuis dix ans ».

Selon un derniers sondage, le PLQ serait en avance avec 30 pourcent des intentions de vote alors que le PQ et la CAQ suivraient à 26 pourcent, d’après un autre sondage pour la Montreal Gazette effectué en Septembre.

Bien qu’il y ait eu une possibilité de fusion avec le Parti Québécois pendant un certain temps, Québec Solidaire a finalement opté de ne pas aller de l’avant avec cette proposition dû à un manque de valeurs et d’objectifs communs, explique Nadeau-Dubois.

« Québec Solidaire n’a pas envie de faire de la politique avec des partis qui, d’une part divisent les gens en fonction de leurs religions, de leurs origines, et d’autre part remettent l’indépendance aux calendes grecques. »

L’indépendance est au cœur du projet politique de Québec Solidaire bien que dernièrement, le sujet ne parait guère être prioritaire pour de nombreux Québécois.

« Le projet d’indépendance qui importe, c’est un projet radicalement inclusif, radicalement démocratique ; un projet de transformation de la société québécoise, » explique-t-il.

Ci-dessous : une transcription éditée de l’entrevue de l’Observateur national avec Gabriel Nadeau-Dubois, réalisée le 11 septembre 2017 dans son bureau de Montréal.

Comment avez-vous pris votre décision de vous joindre à QS ?

« Ç’a été un processus. Dès 2012, j’ai été approché par des partis et puis au départ, j’ai décidé de refuser les offres parce que j’avais envie de faire autre chose avant de faire de la politique. J’avais envie d’écrire, de terminer mes études, de continuer à découvrir aussi le Québec, le visiter, le comprendre et après quatre ans passés dans le monde des médias, le monde de l’écriture, j’ai senti le besoin de retourner sur le terrain, de reconnecter avec les gens, de vraiment replonger dans l’action politique au sens large. »

« C’est pour ça que j’ai lancé la tournée « Faut qu’on se parle » (...), j’avais envie de sortir des lignes de côtés et d’être dans l’action. (…) J’ai reçu au mois de janvier (2017) un courriel de Françoise David qui me disait qu’elle quittait et qu’elle m’invitait à prendre le relai. Alors là, c’est sûr que des réflexions que je pensais pouvoir avoir sur un an et demi se sont vues bousculées et j’ai dû les faire beaucoup plus rapidement que prévu. »

Pourquoi Québec Solidaire?

« J'avais déjà été approché par plusieurs partis mais durant la tournéeFaut qu'on se parle”, au fur à mesure où l'idée de faire la politique faisait son chemin, c'est devenu de plus en plus clair pour moi qu'il y avait un seul parti qui représentait mes valeurs, un seul parti qui avait le potentiel de devenir le grand mouvement politique dont je pense le Québec a besoin. Et c'est devenu clair assez vite que si on voulait changer les choses profondément, c'est là qu’il fallait aller.»

Comment vivez-vous avec votre « héritage » des manifestations étudiantes ?

« Je suis très conscient que je ne pourrais jamais me détacher de ça et ça ne me dérange pas. Ça fait partie de mon parcours et ça a été un moment déterminant dans ma vie, ça a été un moment déterminant pour plein de gens au Québec, ça a été un moment déterminant de l’histoire du Québec donc moi je vis très bien avec ça et j’ai pas de problème. »

« Ce que je ne veux pas, c’est qu’on me réduise à ça parce que ça fait partie de moi, mais je suis autre chose qu’un ancien porte-parole étudiant. Mais je ne cherche pas du tout à me distancier de 2012 au contraire, je suis très, très fier de ce qu’on a accompli collectivement en 2012. »

Une partie de la population vous voit encore comme porte-parole...

« Oui c’est sûr, mais comme je dis je ne peux pas nier cette époque-là et je ne cherche pas à le faire. Je fais confiance à l’intelligence des gens et j’en rencontre de plus en plus des gens qui disent « Oh on n’était pas d’accord avec vous en 2012' ou “Il y a telle ou telle chose qui nous ont dérangées, mais aujourd’hui on est capable de passer par-dessus et d’écouter vos idées et vos propositions ».

« Moi je n’ai pas d’autres choix que de faire confiance à l’intelligence des gens sur cette affaire-là. Je ne peux pas changer la perception des gens, tout ce que je peux faire c’est présenter mes idées, présenter mes propositions, présenter mon parti Québec solidaire et faire confiance que les gens sont capable de voir au-delà de 2012. »

Gabriel Nadeau-Dubois, Maple Spring protests
Nadeau-Dubois mène une manifestation contre la hausse des frais de scolarité le 14 avril 2012. Crédit photo: Jean Gagnon (Flickr Creative Commons).

Comment expliquez-vous que Québec Solidaire est en montée aussi depuis que tu les as rejoint?

«Je pense que Québec Solidaire actuellement récolte ce qu'il a semé depuis dix ans. Oui, il y a eu des facteurs conjoncturelles, la victoire de Manon (Massé) dans St-Marie-St-Jacques, mon arrivée. Je ne peux pas nier que ca ait été des facteurs importants mais il y a plus que ça. »

«Il y a une vague de fond au Québec composé de gens qui sont tannés des partis politiques traditionnels, qui sont tannés de l'éternelle alternance entre le PQ et le PLQ et qui veulent autre chose et je pense que cette vague là porte Québec Solidaire de manière fondamentale, même si des éléments comme mon arrivée ou la victoire de Manon (Massé) ont pu alimenter un peu le momentum du parti.»

Les gens que je rencontre me parlent souvent de l’espoir que Québec Solidaire crée en eux. Que pensez-vous de ça ?

« Tant mieux si on incarne l’espoir, mais il faut qu’on incarne plus que ça, on peut avoir plein d’espoir jusqu’à sa mort puis mourir encore avec pleins d’espoirs. Ça ne suffit pas l’espoir. Il faut qu’on incarne une alternative politique réelle pour le Québec (…). »

« Il faut aussi être capable de proposer, il faut être capable d’incarner une vision, il faut être capable d’incarner un gouvernement différent pour le Québec (…), des propositions concrètes qui améliorent la vie des gens parce que l’espoir, ça ne fait pas diminuer les taux de décrochages, l’espoir, ça ne lutte pas contre le changement climatique et ça ne diminue pas les inégalités sociales et ça ne fait pas l’indépendance du Québec. »

Quelle est votre position sur les changements climatiques ?

« Personnellement, j’ai été un militant dans le mouvement écologiste au Québec pendant longtemps. Pour moi, avec les inégalités sociales, le changement climatique c’est le grand défi de ma génération et probablement l’un des grands défis auquel l’humanité a fait face depuis longtemps. »

« Donc c’est au cœur de mon engagement et c’est au cœur du projet de société de Québec Solidaire aussi. Ça fait partie des causes que Québec Solidaire porte depuis sa fondation de manière très, très, très avant-gardiste. »

« Québec Solidaire a été le premier parti à s’opposer à Énergie Est, le premier parti à s’opposer au pétrole sur Anticosti, même dans les moments où ces propositions-là étaient moins populaires. Québec Solidaire a été le premier parti à proposer un plan concret pour faire une transition du Québec hors du pétrole, même à des moments où c’était beaucoup moins populaire. Donc, c’est une des nombreuses raisons pour lesquelles ça a été le parti naturel pour moi. »

Comment pensez-vous développer votre crédibilité pour gérer l’économie ?

« Ça fait partie de nos défis, mais je pense qu’on a déjà plusieurs éléments de solutions. Ce qu’il faut réussir à faire dans la prochaine année, d’ici les élections, c’est de concrétiser nos propositions. (…) On a déjà commencé à le faire par exemple dans le cas de la crise du bois d’œuvre, on a mis de l’avant une proposition concrète, Manon (Massé) et moi, qui permettrait de diminuer la dépendance du secteur forestier québécois à l’égard du marché américain. »

« Le secteur forestier québécois est beaucoup trop dépendant du marché américain, c’est ce qui explique les crises à répétition dans le secteur du bois d’œuvre où, dès que les Américains ont une volonté protectionniste minime, le secteur forestier au complet entre en crise. C’est plus de 200 communautés qui sont menacées et c’est comme ça depuis des décennies au Québec, une fois par trois-quatre ans, on a une crise du bois d’œuvre, c’est un cercle vicieux. »

« Pour casser ça, il faut consommer plus de bois québécois au Québec. (…) On commence à les formuler ces propositions économiques claires, pragmatiques, mais qui sont en rupture avec le modelé de développement économique actuel et il faut continuer à le faire. On a un an (…) pour expliquer aux gens du Québec et en particulier aussi aux gens des régions qu’on a un plan clair pour protéger et créer des emplois dans les régions du Québec qui en ont grandement besoin. »

Comment pensez-vous concrétiser l’indépendance dans une société où ce n’est pas nécessairement la priorité ?

« C’est sûr qu’il ne faut pas nier que ce projet a moins la cote qu’il a déjà eue. Je pense que c’est inutile de le nier. Il faut faire la démonstration que notre projet d’indépendance est un projet qui est différent de celui qui a été proposé aux Québécois et Québécoises depuis les dernières décennies. »

« Le projet d’indépendance qui importe, c’est un projet radicalement inclusif, radicalement démocratique, un projet de transformation de la société québécoise. Ce que Québec Solidaire propose ce n’est pas seulement de sortir du Canada, c’est de transformer la société québécoise sous tous ses aspects et un de ces aspects, c’est d’enfin se débarrasser des vieilles institutions monarchiques, britanniques qui sont antidémocratiques. »

« Ce qu’on propose aussi c’est une vision de l’indépendance dans laquelle l’indépendance est vue comme une occasion de reforger un nouveau pacte avec les Premières Nations sur une base égalitaire, sur une base de dialogue. (…) Il nous reste du travail à faire pour en parler davantage et pour expliquer aux Québécois, Québécoises de toutes les origines qu’ils ont leurs places dans notre projet et que notre projet c’est pas un projet frileux ou défensif, mais au contraire, c’est un projet d’émancipation et de liberté pour tout le monde au Québec. »

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Nadeau-Dubois s'adresse au média le jour où il annonce se joindre à Québec Solidaire le 17 mars 2017. Crédit: Québec Solidaire.

Dans le projet, comment voyez-vous une collaboration avec le reste du Canada ?

« Ça, c’est des réponses qui ne m’appartiennent pas parce que, au cœur de notre vision de l’indépendance à Québec Solidaire, il y a l’idée d’assemblée constituante, l’idée selon laquelle le projet d’indépendance, il faut le redonner au peuple et que c’est le peuple du Québec qui, dans le cadre d’une assemblée constituante, va imaginer et définir ces institutions politiques, son rapport avec les Premières Nations, idéalement dans un dialogue mais aussi quel type de partenariat il pourrait exister avec le Canada. »

« Donc moi, je n’ai pas toutes ces réponses-là à ce stade-ci. Ce qui est clair c’est qu’on est pour l’indépendance, mais une fois qu’on a dit ça, ça n’exclut pas, loin de là, des formes de partenariats économiques avec le Canada tout comme dans toute l’histoire du mouvement indépendantiste, ç’a toujours été envisagé. »

L’alliance avec le PQ ne s’est finalement pas faite. Comment pensez-vous devenir un parti assez gros pour former un gouvernement et concrétiser vos projets ?

« C’est un processus. Déjà, Québec solidaire est en montée. Il faut continuer d’alimenter ce momentum-là. Il y a un projet de fusion avec Option Nationale sur la table qui devrait être discuté au prochain congrès. Je fais partie de ceux qui espèrent que ça va fonctionner. »

« Il y a ça et il y a un contexte aussi qui est favorable à l’émergence de nouvelles voix politiques qui proposent vraiment de changer le système. On l’a vu aux États-Unis, on l’a vu en France, on l’a vu en Angleterre, on l’a vu en Espagne. Il y a une nouvelle vague de partis politiques qui, de plus en plus, prennent de l’ampleur en proposant vraiment des changements profonds. Je pense que Québec Solidaire peut être l’incarnation au Québec de cette vague-là qu’on voit un peu partout dans le monde. »

Donc, ce n’était pas intéressant de s’allier au PQ ?

« Le débat on l’a eu à Québec Solidaire, on l’a eu sur près d’un an. On a pris ce débat-là au sérieux et la décision a été prise, elle a été prise clairement. Québec Solidaire n’a pas envie de faire de la politique avec des partis qui, d’une part divisent les gens en fonction de leurs religions, de leurs origines, et d’autre part remettent l’indépendance aux calendes grecques. »

« Pour nous, il y a des principes qui sont fondamentaux sur lesquels on n’est pas capable de piler, même pour aller chercher plus de députés. Parce que si on avait voulu prendre la voie la plus facile vers le pouvoir, on aurait fait une alliance avec le parti Québécois, c’était la manière de nous garantir beaucoup plus de députés à la prochaine élection. »

« Entre la voie du courage et de la facilité, on a choisi celle du courage, le courage de nos idées, le courage dans notre programme, la confiance aussi en notre programme, qu’on croit, est le meilleur pour convaincre les Québécois, Québécoises de changer la société. »

Beaucoup d’évènements ont secoué la société québécoise dont l’attentat à Québec en janvier et la montée de groupes d’extrême droite. Comment voyez-vous la situation ?

« C’est très inquiétant. C’est très inquiétant et ça impose un devoir à tous les acteurs politiques d’être très, très clair sur leurs positions sur ce débat-là. »

Québec solidaire, on n’a jamais été ambigus. On a toujours eu une position très claire que pour nous, toutes les formes d’intolérance, de xénophobie, de racisme sont inacceptables et que tous les groupes qui ont ces discours ou les alimentent doivent être sévèrement critiqués (…). Ce devoir, pour nous, il s’impose à toute la classe politique au Québec (…).

Comment pensez-vous inclure les Québécois musulmans et de deuxième génération ?

« (…) Il faut être clair avec les mots qu’on utilise, comme leaders politiques. (…) »

«Nos concitoyens et nos concitoyennes de confession musulmane, ce ne sont pas des Québécois à moitiés, c'est pas des 'québécois mais...', ce sont des québécois et Québécoises à part entière qui forment le Québec d'aujourd'hui et de demain. »

« On n’a pas à leur faire sentir qu'il y aurait une différence entre eux et ce qu'on appellerait vraiment les Québécois. Ce n’est pas deux choses, c'est la même chose. Ce qu'on appelle les Québécois issus de l'immigration, ce sont des Québécois, Québécoises à part entière et ça, c'est important d'être clair dans nos propos et aussi dans nos pratiques comme parti. »

« (...) Je suis très fier d’être dans un parti où les deux premiers porte-paroles masculins sont des hommes qui ne sont pas nés au Québec, un Iranien et un Chilien. Notre premier député de Québec Solidaire est quand même un immigrant iranien. Je pense aussi comme parti qu’on est capable de donner de la place à ces voix-là. »

« Souvent, en blague, je dis que je suis le premier porte-parole et député de Québec Solidaire qui est un homme blanc. Et vous me direz, on n’en a pas eu beaucoup, mais ça montre quand même qu’on a été exemplaire sur ce plan-là dans les dernières années. On a donné de la place à des Québécois, Québécoises qui correspondent pas aux clichés du politicien classique. »

« C’est sûr qu’on va continuer à Québec solidaire de tenter par tous les moyens d’envoyer un message sur la lutte contre l’intolérance, la lutte pour l’inclusion de tout le monde. Ce ne sont pas des slogans, ce n’est pas une manière de gagner des votes, ce n’est pas juste un discours comme chez les Libéraux. Pour nous, ça se traduit dans un projet de société où on répartit la richesse et où on démocratise la société et ça c’est ce qui nous différencie d’un parti comme le parti Libéral qui prétend depuis des années parler au nom de ces gens-là, mais qui prend leurs votes pour acquis, les méprise, et coupe dans leurs écoles. »

Quelle sera la ligne directrice cette année ?

« Une grande priorité pour nous cet automne, ça va être la défense des travailleurs et travailleuses non syndiquées. Il y a une réforme des normes du travail qui s’en vient au Québec et c’est très, très important. C’est la convention collective de tous ceux qui n’ont pas de convention collective au Québec. C’est ce qui assure un minimum de dignité à la majorité des travailleurs et travailleuses, des gens que personne ne défend, que tout le monde oublie. »

« On va mener des batailles importantes pour augmenter le nombre de semaines de vacances, augmenter le nombre de congés fériés, pour permettre aussi aux gens d’avoir leurs horaires à l’avance parce qu’on vit dans une société où la majorité des gens sont complètement à la merci de leurs employeurs (…). On est dans une province, le Québec, où les employeurs ont le droit de forcer les employés à faire du temps supplémentaire. Pour la conjugaison travail-famille, c’est terrible. »

« Ça, pour nous, ce sont des batailles très concrètes, très importantes qui peuvent améliorer la vie des gens. C’est une manière aussi pour nous de rappeler que, ce qui affaiblit la société québécoise, ce qui insécurise les gens, ce ne sont pas les réfugiés, ce sont les inégalités sociales qui continuent d’augmenter, c’est l’insécurité économique. Il faut rappeler que ce sont ces politiques économiques-là qui appauvrissent les Québécois, Québécoises, pas les quelques milliers de réfugiés qui sont arrivés dernièrement. Donc, c’est une manière pour nous aussi de ramener le débat sur le terrain économique, sur le terrain des conditions de vie des gens, plutôt que de rester obsédés par des enjeux secondaires comme la question des réfugiés. »

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Nadeau-Dubois pose pour une photo lors de l'entrevue dans son bureau à Montréal le 11 september 2017. Crédit: Clothilde Goujard.

Et la commission sur le racisme systémique?

« On était le premier parti à demander une commission sur le racisme systémique mais on est très déçu et très inquiet de la proposition des libéraux de tenir ces rencontres là à huis-clos. On trouve ca absurde. Ce qu'on a besoin c'est d'une réelle réflexion collective, pas d'un exercice de quelques experts derrière des portes closes. Ce qu'on a besoin, c'est de faire le bilan: C'est quoi les problèmes sur le terrain? C'est quoi les solutions qu'on peut apporter? Ce n’est pas un exercice de relation publique. »

« Ce n’est pas ce qu'on demandait, ce n’est pas ce que les groupes communautaires demandaient donc les libéraux encore une fois, en matière d'inclusion, font des beaux slogans, font des propositions de façades mais dans les faits, c'est essentiellement du clientélisme électoral. »

« C'est sans compter les inquiétudes qu'on a comme beaucoup de gens en ce qui a trait à ce qui se passe à l'intérieur de la commission des droits de la personne, Nous on attend les commentaires et la version des faits de la présidente qui a jusqu'à maintenant n’a pas commenté. Donc on est assez impatient de savoir qu'est ce qui se passe vraiment, quelle est sa version des faits, parce que les allégations elles sont inquiétantes.»

Note: Depuis l’entrevue, le Premier Ministre Philippe Couillard a annoncé à l’assemblée nationale le mardi 19 septembre 2017 que les consultations devront être ouvertes au public.

Comment résumeriez-vous votre espoir pour la société québécoise ?

« Je dirais rupture. Ce dont on a besoin, c’est d’une rupture politique. On a besoin de donner une bonne leçon d’humilité à la classe politique qui nous dirige depuis des années. »

Est ce que vous diriez que votre génération est plus prête pour une rupture?

« Je pense qu’il y a des gens qui peuvent avoir cette envie-là dans toutes les générations. Mais oui, il y a dans ma génération une volonté vraiment de rupture profonde et ce n’est pas unique au Québec. On l’a vu aux États-Unis, c’est essentiellement les jeunes qui ont porté la candidature de Bernie Sanders. On l’a vu en France avec Jean-Luc Mélenchon. On l’a vu en Grande-Bretagne avec la candidature de Jeremy Corbin. »

« Il y a clairement en ce moment, dans la jeunesse, une impatience de changer les choses et de les changer pour de vrai. Il y a une fatigue des fausses alternatives et des fausses solutions. Moi, je sens cette soif et cette impatience-là. Le défi c’est de la transformer en participation politique réelle. Parce que je fais partie d’une génération qui est très politisée, qui est très conscientisée, mais qui vote peu et participe peu au sein des partis politiques. Donc notre défi, c'est de prendre cette fatigue-là, cette volonté de changement et la transformer en énergie politique. Il y a des annonces qui s’en viennent à Québec Solidaire pour essayer de canaliser cette énergie-là. »

On a vu dans des campagnes électorales à l’étranger des fausses nouvelles se répandre sur les réseaux sociaux. Avec la campagne qui s’en vient au Québec, êtes-vous concerné par la situation par rapport aux fausses nouvelles ?

« Oui, c’est un phénomène inquiétant et le Québec est pas à l’abri de tout ça. On l’a vu avec toutes les fausses nouvelles qui ont circulé au sujet des réfugiés. On a raconté toutes sortes de faussetés : qu’ils avaient des permis de conduire gratuits, qu’ils avaient des appartements gratuits, toutes sortes de choses fausses. »

« Donc, oui, c’est inquiétant et ça rappelle l’importance des médias publics, l’importance des médias régionaux et l’importance aussi de l’éducation dès le plus jeune âge, une éducation à l’information, à ce que c’est qu’une source fiable et comment vérifier ses sources. (…) J’ai espoir que plus ça va aller, plus ce phénomène-là va se corriger avec le temps.

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