Les chef d’États des pays membres du G7 - la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon, l’Italie, le Canada et les États-Unis - se réunissent à Charlevoix les 8 et 9 juin- marquant le début officiel de la présidence canadienne du G7.

Souvent nommé le « club exclusif des pays riches », le G7 est en pleine crise de légitimité. Pour essayer de regagner un peu de plumes, le gouvernement du Canada a effectué une série de consultations sans précédent pour un Sommet du G7 incluant des réunions du Y7 (la jeunesse), du S7 (les scientifiques), du conseil consultatif sur l’égalité des sexes ainsi que plusieurs autres forums préparatoires. Cet exercice d’engagement de la société civile se veut, entre autres, une tentative de restaurer la pertinence du G7. Contrairement aux Sommets précédents, et grâce au désir du gouvernement Trudeau d’être inclusif et transparent, nous auront droit à un Sommet qui inclura, entre autres, des adolescentes, des femmes ou encore des représentants d’États insulaires. Un pur exercice de relations publiques direz-vous? Peut-être, nous jugerons selon les annonces et les engagements qui y seront rattachés.

Mais la crise climatique sera peut-être le vrai test de l’utilité du Sommet du G7 et de sa capacité à aborder les grandes crises mondiales... à tout le moins, ce le sera pour la présidence canadienne.

Le G7 : un test de volonté pour le gouvernement canadien

C’est dans le communiqué final du G7 que nous pourrons juger si le Canada a du cran par rapport à la position de l’administration américaine sur le dossier des changements climatiques. Le Canada a des options diplomatiques à sa disposition pour faire valoir sa position au Sommet du G7, malgré le déni de la crise climatique par l’administration fédérale américaine. Le pays qui préside le Sommet du G7 peut, par exemple, choisir d’ajouter sa propre déclaration à la déclaration finale, pour souligner certains enjeux jugés importants, mais n’ayant pas obtenu le consensus de tous. Cette option fut utilisée aux G7 et G20 précédents pour isoler l’administration américaine et renforcer le consensus international sur les changements climatiques.

Toutefois, le Canada a opté de reporter certaines discussions sur les changements climatiques à la rencontre des ministres de l’Environnement et de l’Énergie du G7 en octobre, priorisant plutôt des engagements sur la pollution plastique et les océans lors du Sommet de Charlevoix.

Rappelons que le Sommet du G7 se tient en marge de la 24ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 24). La COP 24 doit inclure des étapes critiques à franchir pour assurer la mise en oeuvre de l’Accord de Paris et s’assurer que ce dernier soit efficace pour maintenir la hausse de la température globale en dessous de 2C. Un silence sur l’Accord de Paris par les pays du G7 pourrait être interprété comme un ralentissement de la volonté de la communauté internationale de continuer mettre en place des mesures ambitieuses, tel que souhaité à Paris.

Le G7 sera donc un véritable test de la volonté du gouvernement canadien à tenir tête à l’administration américaine et de la dextérité diplomatique de notre Premier Ministre. La condamnation rapide et la réponse du gouvernement Trudeau suite à l’imposition de tarifs américains sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium offre espoir quant à la volonté canadienne de contrer les caprices et menaces de la Maison Blanche. Or le gouvernement du Canada sera t’il prêt à tenir tête au Président Trump sur la question des changements climatiques lors du G7?

Mais encore faut t-il que le Canada soit accepté comme un défenseur légitime de la cause climatique sur la scène internationale. Certains facteurs remettent en cause cette crédibilité. Tout d’abord, les plus récentes prévisions nationales démontrent que les mesures contenues dans le cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques (notre plan climat) sont toujours insuffisantes pour atteindre notre cible de réduction de GES de 2030. Le Canada n’a toujours pas un plan d’action qui lui permettrait de respecter son engagement envers l’Accord de Paris.

D’autant plus que les dernières prévisions de GES sur l’horizon 2030 ont été révisées à la hausse, creusant un plus grand fossé par rapport à notre cible de 2030. La raison principale : la croissance prévue de la production de pétrole issue des sables bitumineux canadiens. L’offre récente du gouvernement du Canada d’acheter l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan et d’assurer l’expansion de cet oléoduc est un signal clair que le Canada compte bien faciliter l’augmentation de la production et de l’exportation des sables bitumineux.

Cette annonce vient-t-elle ternir la réputation, la crédibilité et la capacité du Canada de faire avancer la cause climatique sur la scène internationale? Il est en tout cas certain qu’elle ne la renforce pas, surtout si nous la comparons avec l’approche du prochain pays à la présidence du G7, la France du président Macron.

En effet, lors de son discours au Congrès américain en avril dernier, le président Macron n’a pas eu froid aux yeux quand est venu le temps de critiquer ouvertement et réprimander le président Trump pour sa position sur la science climatique. La position du président français en tant que leader international de la cause des changements climatiques est appuyée par une cohérence tant dans l’ambition que dans la mise en oeuvre des nouvelles politiques énergétiques du gouvernement français pour rencontrer ces engagements en matière de changements climatiques. Et c’est cette cohérence qui permet au président de la République de rallier la communauté internationale, voire même de faire la leçon à certains, en matière de lutte aux changements climatiques.

Leader du climat demandé

Le monde a besoin de leadership pour lutter contre les changements climatiques, maintenant plus que jamais. Étant donné l’isolationnisme, le protectionnisme et le déni climatique américain, le Canada a un important rôle à jouer. Nous avons besoin que le Canada sollicite un engagement continu envers l’Accord de Paris lors de sa présidence du G7. Mais le fait demeure que pour maintenir sa crédibilité en tant que leader en diplomatie climatique, l’émission d’un communiqué ne suffit pas. La diplomatie climatique se doit d’aller de pair avec des actions et décisions cohérentes en matière de transition énergétique.

La diplomatie internationale étant ce qu’elle est, les leaders du G7 seront peut-être silencieux quant à ce manque flagrant de cohérence de la part du gouvernement du Canada en matière de changements climatiques. Mais l’indignation ici au Canada suite à l’offre d’achat de Trans Mountain démontre que dans l’opinion publique canadienne, l’incohérence est claire et à portée atteinte au statut de champion de la lutte aux changements climatiques que le Premier Ministre souhaite être.

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